Achats publics durables en 2026 : les critères environnementaux obligatoires

En 2026, les achats publics durables passent du facultatif à l’obligatoire — mais plus étroitement que ne le suggèrent les gros titres. Quelques règles de l’UE imposent désormais des critères environnementaux dans des domaines précis, et la France va le plus loin en exigeant un critère environnemental dans chaque marché public à partir du 21 août 2026.

Publié le 31 août 2026

L’essentiel

Des achats publics durables obligatoires en 2026, cela signifie des règles environnementales que les acheteurs publics doivent appliquer, et non simplement peuvent appliquer. Le droit de l’UE intègre désormais des critères contraignants de durabilité et de résilience pour les technologies « zéro net » (le Net-Zero Industry Act) et une première règle contraignante de recyclabilité pour les éoliennes (règlement 2026/718), tandis que le règlement Écoconception rendra les critères obligatoires produit par produit. Au niveau national, la France impose un critère d’attribution environnemental dans chaque marché public à partir du 21 août 2026.

Les achats durables en 2026 — ce qui est juridiquement exigé, et ce qui reste facultatif

Domaine Statut en 2026 Instrument
Technologies « zéro net » (solaire, éolien, batteries, hydrogène…) Critères de durabilité + résilience obligatoires Net-Zero Industry Act, art. 25 (à partir du 30 déc. 2025)
Pales d’éoliennes Recyclabilité ≥ 70 % obligatoire Règlement d’exécution (UE) 2026/718 (à partir du 30 juin 2026)
Flottes de véhicules publics Objectifs contraignants de véhicules propres / zéro émission Directive « véhicules propres » 2019/1161
Produits liés à l’énergie et bâtiments Obligation d’acheter économe en énergie Directive « efficacité énergétique » 2023/1791
Tout marché public français Critère d’attribution environnemental + clause ; interdiction du seul critère du prix France, loi Climat art. 35 (à partir du 21 août 2026)
La plupart des autres catégories (construction, TIC, alimentation, mobilier…) Critères d’achats durables de l’UE encore facultatifs Contraignants seulement via un acte Écoconception ou une loi nationale

Du facultatif à l’obligatoire — mais plus étroit que les gros titres

L’UE publie depuis des années des critères d’achats durables prêts à l’emploi pour une vingtaine de catégories de produits et de services, mais leur application est restée facultative — et l’adoption, inégale. C’est le problème que vise la vague législative de 2024-2026.

Le basculement en cours est que les exigences environnementales passent d’un guide optionnel à une obligation juridique — mais uniquement dans des domaines précis. Il est exact de dire que les achats durables deviennent obligatoires ; il est inexact de dire que chaque appel d’offres porte désormais des critères écologiques obligatoires. Le noyau obligatoire de 2026 est étroit, mais s’élargit vite, et le tableau ci-dessus en donne la carte honnête.

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Ce qui est réellement obligatoire en 2026

Quatre instruments de l’UE créent aujourd’hui des obligations contraignantes :

  • Le Net-Zero Industry Act (règlement (UE) 2024/1735) — lors de l’achat de technologies « zéro net » telles que le solaire, l’éolien, les batteries, les pompes à chaleur ou les électrolyseurs à hydrogène, les acheteurs doivent appliquer des exigences minimales de durabilité et une contribution de résilience. Ces obligations d’achat s’appliquent depuis le 30 décembre 2025.
  • Le règlement d’exécution (UE) 2026/718 — le premier minimum contraignant au titre de cette loi. À manier avec précision : depuis le 30 juin 2026, il n’exige actuellement que le respect d’un taux de recyclage d’au moins 70 % pour les pales des éoliennes terrestres et en mer. Les autres technologies « zéro net » sont délibérément reportées, faute de méthodes de mesure harmonisées à l’échelle de l’UE — ce n’est donc pas, malgré certains comptes rendus, une règle à quatre critères couvrant l’ensemble des technologies propres.
  • La directive « véhicules propres » (2019/1161) — des objectifs nationaux contraignants d’achat de véhicules routiers propres et à zéro émission.
  • La directive « efficacité énergétique » (2023/1791) — les organismes publics doivent acheter des produits, services et bâtiments économes en énergie.

Pour l’avenir, le règlement sur l’écoconception des produits durables (2024/1781) est le moteur qui rendra les critères écologiques obligatoires produit par produit — acier, aluminium, textiles, mobilier, pneumatiques et électronique — à mesure que ses actes d’exécution paraîtront à partir de 2026.

30 déc. 2025 — entrée en application des obligations d’achat du Net-Zero Industry Act · 30 juin 2026 — application de la règle de recyclabilité des pales d’éoliennes (règl. 2026/718) · 21 août 2026 — la France impose un critère environnemental dans chaque marché

Comment les règles s’appliquent : spécifications, critères d’attribution et clauses

Les exigences environnementales entrent dans un marché par trois leviers standard, et il vaut la peine de savoir lequel est lequel :

  • Les spécifications techniques fixent le minimum qu’un produit ou des travaux doivent atteindre — un taux de recyclabilité, une classe énergétique — sur une base d’admission ou de rejet ; une offre non conforme est écartée.
  • Les critères d’attribution notent les offres concurrentes : la qualité environnementale devient une part pondérée de la décision.
  • Les clauses d’exécution lient le titulaire pendant la réalisation — reporting carbone, gestion des déchets, reprise en fin de vie.

Tout cela repose sur un éloignement de l’attribution au prix le plus bas. Le droit de l’UE permet déjà d’attribuer au meilleur rapport qualité-prix avec coût du cycle de vie, et les règles de 2026 — comme les lois nationales — poussent fermement dans ce sens. Une offre moins chère mais plus émettrice peut désormais perdre aux points.

La France va le plus loin : chaque marché à partir du 21 août 2026

La France dispose du mandat national le plus étendu. En vertu de l’article 35 de sa loi Climat et Résilience de 2021 (loi n° 2021-1104 du 22 août 2021), dont l’entrée en vigueur a été fixée par décret (décret n° 2022-767 du 2 mai 2022), tout marché public pour lequel une consultation est engagée à partir du 21 août 2026 doit comporter au moins un critère d’attribution environnemental (art. L. 2152-7 du Code de la commande publique) et au moins une clause d’exécution environnementale (art. L. 2112-2) — et l’attribution au seul critère du prix devient illégale. La règle vise tous les acheteurs publics et tous les montants, sous la seule réserve d’une exception étroite et expressément justifiée.

C’est la règle d’« achats durables obligatoires » la plus claire d’Europe, et c’est pourquoi les marchés français seront les premiers où les fournisseurs ressentiront le changement. (Certaines sources citent le 22 août, cinquième anniversaire de la loi ; la date fixée par décret est bien le 21 août 2026.) Notre guide sur la recherche de marchés en France présente les portails où paraissent ces contrats.

Allemagne et Espagne : une forme différente

Tous les pays ne calquent pas la France. L’Allemagne n’a pas de règle générale de « critère environnemental dans chaque marché » ; son droit permet et encourage les critères écologiques et laisse les acheteurs les pondérer. Ce qu’elle possède, en revanche, c’est un prix indicatif du carbone (CO₂) contraignant pour l’administration fédérale (l’AVV Klima), qui intègre le carbone — de l’ordre de 55 à 65 € la tonne en 2026 — dans le calcul du coût du cycle de vie, au service d’une administration fédérale neutre pour le climat d’ici 2030. Un projet de réforme des marchés publics plus large n’a pas encore été adopté, même si les règles de l’UE évoquées plus haut s’appliquent directement en Allemagne.

En Espagne, la loi sur les contrats du secteur public (Ley 9/2017) privilégie déjà le meilleur rapport qualité-prix plutôt que le seul prix et, en son article 145, exige que des critères environnementaux mesurables soient valorisés dans les contrats à impact environnemental significatif. Son plan national d’achats publics écologiques demeure, pour l’instant, un cadre facultatif. En somme, les deux pays imposent que les critères environnementaux soient pris en compte, mais aucun n’égale encore l’exigence française, universelle et par contrat.

Ce que les fournisseurs doivent préparer

Que vous vendiez des éoliennes, de l’informatique ou des prestations de nettoyage, les pièces concurrentielles convergent. Gardez ces éléments prêts pour vos offres :

  • Déclarations environnementales de produit (EN 15804 / ISO 14025), de plus en plus demandées comme preuve dans les spécifications et les critères d’attribution ;
  • Empreintes carbone de produit et d’organisation (ISO 14067, ISO 14064 et la méthode européenne d’empreinte environnementale de produit, PEF) — indispensables pour marquer des points sur les critères carbone et pour concourir sous le prix indicatif du carbone allemand ;
  • Certification de management environnemental — ISO 14001 ou EMAS, un contrôle de capacité courant ;
  • Preuves de circularité — contenu recyclé, recyclabilité et taux de recyclage, durabilité et dispositifs de reprise, en amont du passeport numérique de produit de l’écoconception ;
  • Écolabels reconnus — l’Écolabel européen, l’Ange bleu, le Cygne nordique, les étiquettes énergétiques de l’UE.

Savoir calculer un coût du cycle de vie et une empreinte carbone sur le cycle de vie devient rapidement décisif, et non plus optionnel.

La vue d’ensemble — et comment trouver les marchés

Deux basculements plus vastes se tiennent derrière tout cela. Le règlement Écoconception continuera d’attacher des critères obligatoires à des produits précis tout au long de la fin des années 2020. Et la réforme des marchés publics plus large de l’UE — la proposition de règlement sur les marchés publics attendue en septembre 2026 — vise à généraliser les critères hors prix et « Made in Europe ». Cette réforme est une proposition, pas encore un texte en vigueur : traitez-la comme une orientation.

Pour un fournisseur, le défi pratique est de repérer les marchés où ces critères décident désormais de l’attribution — dispersés sur TED et des dizaines de portails nationaux, en plusieurs langues. Jorpex les surveille ensemble avec des filtres par mots-clés, CPV et valeur, de sorte que les opportunités durables et de technologies propres vous parviennent le jour de leur publication, aux côtés de thèmes voisins comme la valeur sociale au Royaume-Uni.

Questions fréquentes

Les achats publics durables sont-ils obligatoires dans l’UE en 2026 ?

En partie. Ils sont obligatoires là où un instrument précis s’applique — le Net-Zero Industry Act pour les technologies « zéro net », le règlement d’exécution (UE) 2026/718 pour les éoliennes à partir du 30 juin 2026, les directives « véhicules propres » et « efficacité énergétique », et des lois nationales comme celle de la France. Les critères d’achats durables généraux de la Commission pour la plupart des catégories de produits restent facultatifs.

Qu’exige précisément le règlement (UE) 2026/718 ?

C’est le premier minimum contraignant au titre du Net-Zero Industry Act. En pratique, il exige actuellement que les pales des éoliennes terrestres et en mer atteignent un taux de recyclage d’au moins 70 %, appliqué comme spécification technique ou condition d’exécution et vérifié à l’achèvement du marché. Il s’applique aux procédures à partir du 30 juin 2026. Les autres technologies « zéro net » ne sont pas encore couvertes, faute de méthodes de mesure européennes disponibles.

Qu’est-ce qui change pour les marchés publics français le 21 août 2026 ?

Tout marché public engagé à partir de cette date doit comporter au moins un critère d’attribution environnemental et au moins une clause d’exécution environnementale, et l’attribution au seul critère du prix devient illégale. La règle vise tous les acheteurs et tous les montants, sous la seule réserve d’une exception étroite et justifiée. Certaines sources citent le 22 août ; la date fixée par décret est le 21 août 2026.

« Obligatoire » signifie-t-il que l’offre la moins chère ne l’emporte plus ?

De plus en plus, oui. Le droit de l’UE attribue les contrats à l’offre économiquement la plus avantageuse, qui peut être notée au meilleur rapport qualité-prix avec coût du cycle de vie. La France et l’Espagne encadrent ou interdisent l’attribution au seul prix, et l’Allemagne intègre le carbone dans le coût du cycle de vie. La qualité environnementale pèse désormais en points pondérés : une offre moins chère mais plus émettrice peut perdre.

Quels secteurs sont les plus touchés en premier ?

L’éolien et les autres technologies « zéro net » et propres (Net-Zero Industry Act), les flottes de véhicules publics (directive « véhicules propres »), les produits liés à l’énergie et les bâtiments (directive « efficacité énergétique »), et — via le règlement Écoconception à partir de 2026 — l’acier, l’aluminium, les textiles, le mobilier, les pneumatiques et l’électronique. En France, tous les secteurs sont concernés à partir du 21 août 2026.

Quels documents les fournisseurs doivent-ils préparer ?

Des déclarations environnementales de produit (EN 15804 / ISO 14025), des empreintes carbone de produit et d’organisation (ISO 14067 / 14064, PEF), une certification ISO 14001 ou EMAS, des preuves de contenu recyclé et de recyclabilité, et des écolabels reconnus. Pour les marchés « zéro net », les déclarations de diligence raisonnable et de cybersécurité comptent aussi. Savoir calculer le coût du cycle de vie et l’empreinte carbone sur le cycle de vie est désormais décisif sur le plan concurrentiel.

La règle « Made in Europe » / de préférence européenne est-elle déjà en vigueur ?

Non, elle est proposée. Le Pacte pour une industrie propre et la future réforme des marchés publics de l’UE (une proposition attendue le 9 septembre 2026, révisant les directives de 2014) visent à généraliser les critères hors prix et de préférence européenne, mais ce sont des mesures en projet qui doivent encore être adoptées et transposées dans les droits nationaux au cours des prochaines années.

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